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Bénin : seulement 4 femmes élues députées hors quota en 2026, une parité sous perfusion ?

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De 29 femmes en 2023, le Parlement béninois passe à 28 en 2026. Un recul symbolique qui cache un paradoxe plus profond : sur 85 sièges classiques disputés, seulement 4 femmes s’imposent sans le filet du quota. Enquête sur les avancées, les résistances et les limites d’un système à mi-chemin de la parité.

Depuis l’avènement du Renouveau démocratique en 1991, le Parlement béninois a longtemps fonctionné comme un club quasi exclusivement masculin. Pendant près de trois décennies, le taux de représentation des femmes n’a jamais franchi le seuil des 10 %. En 1991, elles n’étaient que 3 sur 64 députés, soit 4,69 %. En 2019, malgré des décennies de plaidoyer, ce taux stagnait encore à 6,02 %  avec seulement 5 femmes élues sur 83 sièges.

Cette sous-représentation chronique n’était pas le fruit du hasard. Elle révélait des obstacles structurels profonds comme le financement insuffisant des campagnes féminines, les résistances culturelles au sein des partis politiques, et un cadre électoral qui ne contraignait aucunement à la parité. Les femmes représentent pourtant plus de 51 % de la population béninoise.

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Évolution de la représentation féminine à l’Assemblée nationale du Bénin (1991–2026) 

LégislatureAnnéeSiègesFemmes éluesDont hors quotaTaux (%)
1ère19916434,69
3ème19998356,02
6ème201583768,43
8ème201983556,02
9ème202310929526,60
10ème202610928425,69

Source : ASCAP, données compilées par l’auteure AMA

2019 : la réforme qui change la donne… sur le papier

Novembre 2019 marque un tournant. La révision du code électoral porte le nombre de sièges de 83 à 109 et, surtout, réserve 24 sièges exclusivement aux femmes, à raison d’une par circonscription électorale. L’objectif est de corriger mécaniquement un déséquilibre que les urnes seules ne parvenaient pas à résorber.

Les résultats sont immédiats. En janvier 2023, 29 femmes font leur entrée au Parlement, portant le taux à 26,60 %. Un bond de +19,4 points en un seul scrutin. Le Bénin fait figure d’exemple régional. Mais derrière ce chiffre, une réalité plus nuancée se dessine. « Ça ne traduit pas l’esprit de la réforme. Et donc c’est comme un recul. », confie Alimatou Badarou, tête de liste élue, Bloc Républicain.

Le paradoxe des quotas : plus de sièges réservés, moins de victoires autonomes

Les législatives du 11 janvier 2026 révèlent un paradoxe troublant. Sur les 28 femmes élues, 24 l’ont été exclusivement grâce aux sièges réservés. Seulement 4 ont remporté leur siège sur les 85 circonscriptions classiques toutes issues du Bloc républicain. Un recul par rapport aux scrutins précédents en 2023 où 5 femmes avaient été élues hors quota ; en 2019, elles étaient encore 5.

Ce constat soulève une question fondamentale. Les sièges réservés, en garantissant une présence minimale, ont-ils paradoxalement réduit la pression sur les partis pour positionner des femmes en places éligibles sur les listes ordinaires ? La réforme aurait-elle créé une forme de confort institutionnel qui freine la transformation profonde des pratiques partisanes ?

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La répartition des 28 élues entre les deux partis est équilibrée avec 16 femmes pour l’UPR et 12 pour le Bloc Républicain. Mais cette diversité politique masque une réalité commune. En effet, dans les deux formations, les femmes peinent à s’imposer en dehors des mécanismes de protection.

« Les hommes ne veulent pas toujours laisser leur place aux femmes, ça c’est un fait. Même à compétence égale et à niveau d’expérience égal, le débat se fait encore là : pourquoi plus de femmes que d’hommes ? Donc on se retrouve juste à être confinées dans le rôle de la position exclusivement réservée à la femme, et ça, ce n’est vraiment pas suffisant. », dénonce  Gladys Tossou, députée UPR.

Des résistances qui persistent

Au sein des partis, le discours sur l’engagement féminin revient comme une antienne. Pour les responsables masculins, le problème ne serait pas structurel mais comportemental. Pour eux,  les femmes ne s’engagent pas suffisamment.

« Au niveau de l’Union Progressiste le Renouveau, nous avons inséré dans nos textes qu’il faut au moins 30 % de femmes dans toutes les structures du parti et aussi pour les positionnements sur les listes électorales, mais je puis vous avouer que ce n’est pas facile. À des endroits donnés, les gens nous disent carrément que franchement ils ne peuvent pas faire du remplissage. Ils n’ont pas de femmes qui s’engagent véritablement dans l’action politique, parce que les partis politiques, ce qu’ils veulent, c’est les militants qui peuvent leur permettre de rafler des voix aux élections. », explique  Gérard Agbenonchi, Secrétaire général de l’Union Progressiste le Renouveau (UPR)

Mais les femmes élues retournent l’argument. Pour elles, ce manque d’engagement apparent est le symptôme d’une double contrainte imposée aux femmes en politique. Celle d’être irréprochables à la maison autant qu’à l’hémicycle.

« Une femme politique, on voudrait d’elle qu’elle soit une femme parfaite, qu’elle puisse s’occuper aussi bien de la maison que des affaires politiques, et ceci parfois constitue un frein pour les femmes. », justifie Gladys Tossou, députée UPR. Pour Alimatou Badarou, tête de liste élue, Bloc Républicain, ce n’est pas les femmes compétentes qui manquent. « Ce n’est pas que nous n’avons pas les profils, ce n’est pas que nous n’avons pas les capacités, mais je crois qu’on va toujours travailler à mettre davantage de mécanismes pour encourager la promotion de la femme. », a-t-elle rassuré.

Au-delà des quotas ?

Face à ce constat, des voix s’élèvent pour repenser en profondeur les mécanismes d’inclusion. Le quota a ouvert une brèche, mais il ne saurait être une fin en soi. La prochaine étape pourrait être d’ordre coercitif ou incitatif ou les deux à la fois. « Peut-être cette législature se penchera sur le fait de trouver un mécanisme pour soit, sanctionner les partis qui ne vont pas positionner les femmes en position éligible et qui vont seulement s’attendre au quota, ou alors donner des primes bonus aux partis qui vont continuer de le faire. », propose Alimatou Badarou, tête de liste élue, Bloc Républicain.

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Pour Gladys Tossou, la solution passe avant tout par la confiance politique accordée aux femmes compétentes déjà présentes dans les partis. « Je ne dis pas qu’il faut du favoritisme complet, il faut davantage un peu plus de volonté au niveau de nos leaders pour faire confiance au vivier de femmes qui existent. », soutient t-elle. 

Du côté du secrétariat général de l’UPR, on préfère insister sur la responsabilité individuelle des femmes elles-mêmes. « Je ne pense pas qu’un parti politique vous mettrait sur la liste rien que pour vos beaux yeux, rien que pour respecter des critères. La volonté politique ne manque pas. Nous sommes déterminés, décidés même à promouvoir davantage les femmes, mais il faut être actives, présentes aux réunions, animer le terrain, montrer que le parti peut compter sur vous pour mobiliser, pour gagner. », a insisté Gérard Agbenonchi, Secrétaire général de l’UPR.

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Le Bénin a fait un pas historique en 2019 en réservant des sièges aux femmes. Mais une réforme mécanique ne suffit pas à transformer des rapports de force profondément ancrés. De 29 femmes en 2023 à 28 en 2026, et seulement 4 élues sans le filet du quota sur 85 sièges classiques : le compte n’y est toujours pas.

 Tant que les partis politiques n’intègrent pas la parité comme une conviction et non comme une contrainte, tant que les femmes élues devront prouver qu’elles sont de parfaites épouses autant que de parfaites législatrices, la bataille pour une vraie représentation restera inachevée. L’Assemblée nationale doit devenir le miroir fidèle d’une société béninoise composée, elle, à plus de 51 % de femmes.

Cet article WanaData a été soutenu par Code for Africa et laDigital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD)

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