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Hommage à René Sègbènou au Bénin : cinq ans après sa mort, son combat pour l’agroécologie remis au cœur des luttes africaines

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Jeudi 6 août 2026, des acteurs de l’agroécologie venus de plusieurs pays d’Afrique ont rendu hommage à René Mahougnon Sègbènou, pionnier de la souveraineté semencière et défenseur des communautés paysannes à travers une conférence hommage organisée en marge du Forum social mondial. Cinq ans après son décès, la conférence a surtout été l’occasion de rappeler que son héritage ne doit pas rester dans les mémoires, mais continuer à nourrir les combats pour la souveraineté alimentaire, la préservation des semences paysannes et une agriculture respectueuse de la nature.

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Au Chant d’Oiseau de Cotonou, les témoignages se sont succédé pour faire revivre un homme dont le combat dépasse désormais les frontières du Bénin. Lui? C’est René Sègbènou. Organisée autour du thème « Honorer les pionniers, enraciner l’avenir : l’héritage agroécologique de René Sègbènou au service de la souveraineté semencière et alimentaire en Afrique de l’Ouest », la conférence hommage a réuni des compagnons de lutte, des représentants d’organisations de la société civile, des jeunes, des chercheurs et des acteurs de l’agroécologie.

René Sègbènou, décédé le 11 avril 2021, a consacré plusieurs décennies à la défense des semences paysannes, à la lutte contre les OGM, à la biosécurité, à la préservation de la biodiversité agricole et aux droits des communautés rurales. Ancien directeur de l’INADES-Formation, fondateur de JINUKUN et de la COPAGEN, il avait fait de la souveraineté semencière et alimentaire un combat à la fois scientifique, citoyen et politique.

Mais jeudi, il ne s’agissait pas simplement de raconter son parcours. L’enjeu était surtout de savoir comment poursuivre ce qu’il avait commencé. « Honorer un pionnier ne consiste pas seulement à raconter son parcours, c’est poursuivre son combat », a rappelé Larissa Yapo, directrice de JVE Côte d’Ivoire et porte-parole du comité d’organisation de Kilimo Ecolojia. Pour elle, l’avenir des systèmes alimentaires africains ne peut être construit « sans mémoire, sans transmission » et sans reconnaître le rôle de ceux qui ont ouvert la voie.

De la mémoire à la transmission d’un combat

La dimension militante de l’hommage est également ressortie des témoignages. Dans une prestation de slam particulièrement forte, Céline a résumé la portée du combat de René Sègbènou : « Le peuple qui perd ses semences finit par perdre sa souveraineté ». Une formule qui rejoint l’une des préoccupations centrales du défunt qui est de « préserver la capacité des communautés africaines à produire, conserver, échanger et transmettre leurs propres semences.»

Pour les participants, cette question est loin d’appartenir au passé. Pression sur les semences paysannes, changement climatique, perte de biodiversité et dépendance alimentaire continuent de placer la souveraineté alimentaire au cœur des débats. Les panélistes de la conférence ont souligné d’ailleurs que les enjeux défendus par René Sègbènou restent « entiers, voire plus aigus ».

Son ancien compagnon de lutte, Pierre Bédié, a surtout insisté sur les qualités humaines du pionnier. Il évoque un homme marqué par « son humilité et son acharnement à défendre les faibles ». Plus qu’un théoricien, René Sègbènou était, selon lui, un homme de terrain, capable de rapprocher les débats complexes sur les OGM, les ressources génétiques ou l’agroécologie des réalités vécues par les populations.

Son influence s’est également exercée par la transmission. « J’essaie chaque jour de lui ressembler », confie Pierre Bédié, qui reconnaît avoir beaucoup appris de lui dans le domaine du plaidoyer. Derrière cette phrase se dessine l’un des principaux messages de la conférence.

L’héritage d’un pionnier ne se mesure pas uniquement à ses réalisations personnelles, mais aussi aux personnes qu’il a formées et aux combats qu’elles poursuivent après lui“.

La conférence a également été marquée par le lancement du Prix René Sègbènou pour le journalisme agroécologique francophone. Prévu pour être décerné tous les deux ans, ce prix vise à encourager un journalisme de qualité sur l’agroécologie, la souveraineté semencière et le monde rural en Afrique francophone. Son lancement constitue l’une des mesures concrètes envisagées pour inscrire durablement la mémoire du pionnier dans les générations futures.

Une randonnée nocturne pour prolonger l’hommage

Après les échanges au Chant d’Oiseau, la délégation venue de plusieurs pays a poursuivi la journée au Centre Cévaste Sphère Jah, site agroécologique et écotouristique de la famille Jah. Guidés par Père Jah et Jah Ways, les visiteurs ont d’abord rendu hommage à Mère Jah avant de découvrir la banque de semences et le jardin alimentaire au cours d’une randonnée nocturne.

Cette immersion a donné une dimension concrète aux discussions de la journée. Pour Djibril Niang, directeur de JVE Sénégal et producteur agricole, la banque de semences du centre illustre précisément le type de pratiques défendues par René Sègbènou. « On veut conserver nos semences, on veut valoriser nos semences et on ne veut pas les vendre, on veut échanger nos semences », explique-t-il.

Carin Karl Atondé, directeur exécutif de JVE Bénin et membre de Kilimo Ecolojia, retient pour sa part la dimension de reconnexion. « Nous sommes reconnectés à la nature, nous sommes reconnectés à nos racines. Nous avons compris encore plus pourquoi nous devons nous investir dans cette pratique agroécologique au niveau de nos communautés, au niveau du Bénin. Parce que c’est se reconnecter, se ressourcer», témoigne t-il.

“Je repars avec des semences paysannes locales, je repars avec des boutures, je repars avec des racines qui pourront être retransmises à nos communautés afin de leur faire comprendre que le partage, l’échange restent les valeurs à promouvoir au cœur de l’agroécologie paysanne”

Il annonce également que JVE Bénin entend renforcer sa collaboration avec le Centre Cévaste, notamment autour du maraîchage et de l’irrigation solaire. “Nous avons promis au Centre Cévaste, pour JVE Bénin, de promouvoir le jardin, le maraîchage avec un système d’irrigation solaire. Nous avons promis de revenir pour renforcer tout le travail qui se fait ici au cévaste, de façon à renforcer la synergie entre nos organisations”, a précisé Carin Karl Atondé.

Venue du Nigeria, Showemimo Lydia Omolola repart, elle aussi, avec une conviction renforcée. Pour elle, l’agroécologie doit notamment passer par un retour aux savoirs et aux pratiques respectueuses de la nature. « Nous devons célébrer notre nature, célébrer la Terre Mère », affirme-t-elle. Elle appelle surtout à transmettre cette culture aux jeunes.

De la conférence au Chant d’Oiseau à la visite nocturne du Centre Cévaste, le fil conducteur est de faire de la mémoire un point de départ pour l’action. Cinq ans après son décès, René Sègbènou continue ainsi d’être évoqué non comme une figure figée du passé, mais comme un repère pour celles et ceux qui veulent défendre les semences paysannes, la biodiversité et la souveraineté alimentaire.

Et comme l’a résumé la slameuse Céline devant l’assistance, « le plus bel hommage » à René Sègbènou n’est pas seulement de prononcer son nom, mais de poursuivre son œuvre. Une responsabilité désormais assumée par une nouvelle génération d’acteurs de l’agroécologie, au Bénin comme dans plusieurs autres pays africains.

Il est à noter que lors de cette conférence hommage, le livre l’Igname, une plante noble au future pluriel de professeur Jeanne G. Zoundjihekpon, veuve de Réné Sègbènou a été présenté aux participants.

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